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9.6.2023

[Baromètre Maison&Objet] Quelle place pour les produits recyclés et de seconde vie ?

Produits à base de matériaux recyclés, upcyclés, de seconde main ou d’occasion… les alternatives aux produits neufs qui permettent de réduire l’impact carbone font de plus en plus parler d’elles. Mais quelle est leur perception par les marques et les distributeurs ? Quelle place ces produits dits « de seconde vie » occupent-ils dans leur offre ? Quels sont les freins à leur développement ? Tels sont quelques exemples de questions que Maison&Objet a posé à sa communauté de professionnels, dans le cadre de son sixième Baromètre.

A l’heure où les salons cherchent de nouvelles voies pour se réinventer, et conserver leur attractivité par rapport à un espace digital de plus en plus envahissant, Maison&Objet a fait le choix de renforcer son contenu événementiel – qui a toujours été consistant, avec le Créateur de l’année, les Talents à la carte, les espaces What’s New, etc – et son statut de défricheur des tendances et du marché. C’est dans cette veine que s’inscrit le Baromètre Maison&Objet, dans lequel le salon interroge deux fois par an sa communauté de distributeurs, marques et prescripteurs sur un thème transversal qui concerne l’ensemble des acteurs du marché (1). Pour sa sixième livraison, le salon a exploré la thématique de plus en plus présente des produits de seconde vie – recyclés, upcyclés, et de seconde main – en sondant, en avril dernier, un échantillon de 1207 marques, distributeurs, prescripteurs et hôteliers-restaurateurs, qui permettent d’en savoir plus sur l’ampleur de ce phénomène, les freins qui s’opposent encore à son développement, et les enjeux recouverts par ces nouvelles familles de produits (2).

Des attentes en augmentation chez le consommateur final

C’est un fait : on n’a jamais autant parlé de décarbonation de l’économie, de transition énergétique, de préservation des ressources et espaces naturels… avec un objectif commun : la lutte contre le changement climatique, dont les conséquences seraient catastrophiques si on ne faisait rien. Dans le secteur du mobilier et de la décoration, cette tendance désormais intégrée au paysage – et pour longtemps – se traduit par une montée des matériaux issus du recyclage et recyclables, de l’éco-conception, de la valorisation en fin de vie, de l’économie circulaire, autant de pratiques qui réduisent le bilan carbone de l’activité (3). En préalable à ses résultats, le Baromètre rappelle tout d’abord qu’il faut distinguer, au sein des produits de seconde vie : les produits fabriqués à partir de matériaux ou matières recyclées (déchets, rebuts d’industrie transformés) ; les produits « upcyclés », c’est-à-dire transformés pour avoir une seconde vie différente de leur usage d’origine ; et les produits de seconde main, c’est-à-dire remise en vente tels quels ou reconditionnés, en conservant leur usage d’origine.

Sans surprise, la première chose que nous apprend ce sondage, c’est l’intérêt croissant du consommateur final pour ces types de produits : 80 % des professionnels relèvent une demande en hausse de la part de leurs clients pour les produits recyclés, 72 % pour les produits upcyclés, et 63 % pour les produits de seconde main / d’occasion. Parmi eux, les prescripteurs – architectes et architectes d’intérieur – semblent en avance par rapport à l’ensemble des acteurs. Autre chiffre avancé, 68 % des marques affirment qu’elles commercialisent des produits fabriqués à partir de matériaux recyclés, 47 % affirment qu’elles commercialisent des 25 % produits upcyclés, et 25 % des produits de seconde main / d’occasion.

La fabrication de produits de seconde vie encore problématique

Selon les résultats de ce 6e Baromètre, les conditions de fabrication de produits de seconde vie est plus ou moins facile, en fonction de leur nature. Ainsi, 69 %, soit plus des deux tiers des marques (fabricants, éditeurs, designers), estiment que la fabrication ou l’approvisionnement avec des produits à base de matériaux recyclés est « plutôt facile » ou « très facile ». Dans le détail, ils sont 23 % à ne rencontrer « aucune difficulté », tandis qu’ils sont 32 % à relever que « la disponibilité des matières premières est plus limitée », et 25 % à relever que « les conditions techniques de production sont complexes ». Ils sont aussi 25 % à penser « qu’il faut avoir un réseau d’approvisionnement », 20 % à penser que le sourcing est plus limité en volumes » et 18 % à penser « qu’il est long et fastidieux ». N’oublions pas les 21 % qui jugent que « les couts de production sont trop élevés » pour ces produits à base de matériaux recyclés.

Les choses se compliquent encore un peu plus pour ce qui concerne les produits « upcyclés », puisque 52 % des marques interrogées – une courte majorité – considèrent que la production ou l’approvisionnement avec ce type de produits est « difficile ». En plus d’un sourcing en volumes plus limité (pour 38 %), les marques considèrent que « le sourcing est long et fastidieux « (28 %), et dans une large proportion que « c’est un marché de niche, et que la demande n’est pas encore assez développée « (à 43 %).

Une diffusion inégale selon les produits et les marchés

Les parts de marché occupées par les produits de seconde vie semblent encore difficiles à évaluer clairement. En effet, si 89 % des distributeurs déclarent qu’ils proposent à la vente des produits recyclés, ils ne sont que 12 % à le faire « toujours », 31 % à le faire « régulièrement ou souvent », et 45 % d’entre eux le font « parfois, de manière « occasionnelle ». Pour les produits « upcyclés », ils ne sont que 9 % à en vendre toujours, contre 39 % « de manière occasionnelle », et 32 % « jamais ». La place des produits de seconde main / occasion est encore plus réduite, puisqu’ils ne sont que 9 % à en vendre « toujours », 26 % « de manière occasionnelle » et 52 % « jamais ».

Il est à noter que les prescripteurs font davantage appel aux produits de seconde vie, sans doute à la demande de leurs clients professionnels – chaînes hôtelières ou immobilières, établissements collectifs… – puisque 51 % d’entre eux utilisent des produits à base de matériaux recyclés, 44 % des produits upcyclés et 40 % des produits de seconde main / occasion « toujours ou souvent » pour chacune de ces catégories.

L’étude a également demandé aux marques concernées par la loi AGEC « anti-gaspillage et économie circulaire » – donc les marques françaises si elles rencontraient des difficultés dans son application. L’article 35 de cette loi oblige en effet depuis le 1er janvier 2022 les producteurs, importateurs et distributeurs à réemployer, réutiliser ou recycler les produits non alimentaires invendus. Soyons rassurés sur ce point : 86 % des marques interrogées n’éprouvent pas de difficultés à respecter la loi, soit par la suppression de leurs stocks en travaillant en flux tendu, soit en procédant à des opérations de soldes, déstockage ou dons, notamment à l’économie sociale et solidaire.

(1) Le Baromètre est en ligne sur le site internet de Maison&Objet.

(2) Ces 1207 professionnels, se répartissent en 492 distributeurs (boutiques indépendantes, grands magasins, chaînes de magasin, e-commerce…), 190 marques (fabricants, designers, éditeurs d’articles de décoration, design ou art de vivre), et 495 prescripteurs (architectes d’intérieur, architectes, promoteurs immobiliers, paysagistes…).

(3) Cette thématique est celle de l’exposition « Design x Durable x Désirable, l’art de vivre responsable ! » qui se tient à la galerie du French Design by Via jusqu’au 13 juillet.

[F. S.]

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[Zooms]

Produits de seconde main / occasion : une niche encore difficile à gérer

Quelles sont les motivations des distributeurs qui s’intéressent aux produits de seconde main ? Si on en croit ce Baromètre, leur premier avantage est de permettre une démarche de responsabilité environnementale (pour 74 % des distributeurs et prescripteurs), suivi de leur capacité à apporter un « supplément d’âme » (66 %), le coût d’achat plus économique n’arrivant qu’en cinquième position (pour 48 %). Autres chiffres significatifs, 81 % des acheteurs concernés déclarent que les produits de seconde main leur permettent de se différencier de leurs concurrents. Il s’agit d’une tendance qui s’accélère : 65 % des distributeurs et 90 % des prescripteurs pensent que les produits d’occasion vont devenir incontournables, alors qu’ils n’étaient respectivement que 41 % et 76 % à le penser lors d’un précédant Baromètre d’octobre 2021.

En ce qui concerne les canaux d’approvisionnement en produits d’occasion, les acheteurs placent en premier les brocanteurs et antiquaires (64 %), suivis des plateformes en ligne (60 %, Ebay, Le Bon Coin, etc.) des vide-grenier (46 %) et des acteurs de l’économie solidaire (44 %, Emmaüs ou autres). Des freins subsistent à l’essor du produit d’occasion, dans l’ordre : un approvisionnement long et fastidieux (45 % des sondés), des volumes limités (36 %), la difficulté à établir un réseau (33 %), une logistique complexe… Pour un tiers des acheteurs, ces produits constituent encore une niche de marché. Enfin, 39 % des distributeurs estiment que le produit d’occasion peut avoir un impact négatif sur leur activité, contre 43 % qui pensent le contraire.

Une conjoncture en cours de stabilisation

Deux fois par an, le Baromètre est aussi l’occasion de tâter le pouls de la profession du meuble et de l’objet de décoration. Ainsi, cette nouvelle livraison nous apprend que, tous profils confondus et sur les quatre derniers mois, 45 % des répondants déclarent que leur chiffre d’affaires s’est maintenu par rapport à la même période de l’an passé, soit 7 % de plus que lors du dernier Baromètre d’octobre 2022. D’autre part, les sondés sont 26 % à déclarer un chiffre d’affaires en baisse (contre 45 % en octobre 2022, soit une baisse de 19 %), et 29 % à déclarer un chiffre d’affaires en hausse (contre 17 % en octobre 2022, soit une hausse de 12 %). La situation s’est particulièrement redressée pour les distributeurs, qui étaient 52 % à être en baisse il y six mois, et ne sont plus aujourd’hui que 27 % dans cette situation. En parallèle, les perspectives de chiffre d’affaires s’améliorent, puisque 13 % font état de perspectives négatives en avril 2023 (contre un tiers en octobre 2022), tandis que 50 % envisagent des perspectives neutres et qu’ils sont même 38 % envisager des perspectives positives pour la période d’avril à juillet 2023. En affichant 42 % de perspectives positives, ce sont les marques – fabricants, éditeurs, designers – qui sont les plus optimistes.

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