Décès d’Ingvar Kamprad, fondateur d’Ikea

Le fondateur de l’enseigne suédoise Ikea, Ingvar Kamprad, est décédé le 27 janvier, à l’âge de 91 ans. Celui qui, malgré un passé sombre – voir plus bas – peut assurément être placé au rang des plus grands entrepreneurs du XXe siècle, avait en effet créé, en 1943, la marque que l’on connaît aujourd’hui, devenue ce géant de l’ameublement – alors qu’il n’était âgé que de 17 ans – pour devenir, à la fin de sa vie, l’un des hommes les plus fortunés de la planète…

(Copyright Inter Ikea Systems B.V. 2018)

 

Un succès incontestable…

Le groupe Ikea, dont il demeurait conseiller depuis 1988, réalise en effet, aujourd’hui, un chiffre d’affaires de 34,2 milliards d’euros, reçoit 783 millions de visiteurs dans ses 340 magasins répartis dans une trentaine de pays, et emploie 150 000 personnes au total (valeurs de l’exercice fiscal 2016). Le grand tournant de l’enseigne s’est opéré, assurément, en 1956, lorsque l’entreprise s’est lancée dans les meubles en kit : ayant observé un salarié se démenant pour charger une table dans la voiture d’un client en essayant d’optimiser l’encombrement des quatre pieds, Ingvar Kamprad devine alors qu’un tel système de meubles démontés et à plat pourrait permettre d’économiser très significativement en termes de stockage, de logistique et de surface de vente… La stratégie a porté ses fruits, puisqu’elle a permis de hisser l’enseigne en tête, sur le plan mondial, des acteurs de l’ameublement.

Ingvar Kamprad avait également fondé, plus récemment (en 1995) le groupe Ikano, du nom d’une banque Internet.

Le groupe Ikea réalise aujourd’hui, un CA de 34,2 Mds€, reçoit 783 M de visiteurs dans ses 340 magasins répartis dans une trentaine de pays, et emploie 150 000 personnes au total.

 

… avec des côtés plus sombres

L’homme qui, malgré ce succès, avait la réputation d’être resté très simple, menant un train de vie modeste, avait également une face sombre, qui en faisait une personnalité controversée. Durant la seconde guerre mondiale, il avait en effet été membre du Nouveau Mouvement Suédois, un parti nationaliste d’extrême-droite ayant supporté les autres entités fascistes européennes dans les années 1940. Une implication dont il s’était excusé, auprès des employés du groupe, en 1994, puis ensuite à plusieurs reprises au long de sa vie… Mais le livre de la journaliste Elisabeth Asbrink, sorti en 2011, avait enfoncé le clou sur ce lourd passé en relatant un engagement encore plus profond que ce qui avait été jusqu’alors mis au grand jour ; l’ouvrage déclarait notamment qu’Ingvar Kamprad avait financé un parti néonazi avec l’argent d’Ikea. Le profond respect que nourrissaient les Suédois vis-à-vis de cet entrepreneur, qu’ils jugeaient autant modeste que brillant, avait permis d’ « oublier » cet épisode, ou tout au moins de le pardonner.

Une modestie qui ne l’avait pas empêché, pour autant, d’avoir pris la décision, en 1973, de vivre à l’étranger – et principalement en Suisse – pour éviter d’avoir à payer les impôts sur le revenu, réputés élevés en Suède… avant de revenir, il y a quelques années de cela. Une attitude qui avait été, elle aussi, largement déplorée dans le monde. Rappelons, à ce propos, que la disparition du fondateur intervient à l’heure où le groupe Ikea fait l’objet d’une enquête portant sur les avantages fiscaux dont il est soupçonné d’avoir bénéficié aux Pays-Bas.

Malgré ces côtés controversés, le succès d’Ikea aujourd’hui, incontestable, fait d’Ingvar Kamprad, comme le jugent son groupe ainsi que de nombreuses personnalités politiques de Suède, l’un des plus grands entrepreneurs de ces dernières décennies. « Nous sommes immensément tristes à l’annonce de sa disparition, déclare Jesper Brodin, actuel PDG du groupe Ikea. Son héritage sera encore admiré et respecté durant de très nombreuses années, et son ambition – qui était d’offrir un meilleur quotidien au plus grand nombre [avec des meubles faciles à vivre ndlr] – nous guidera encore longtemps ». Ingvar Kamprad aura aussi notamment contribué à faire connaître son pays – dont les couleurs du drapeau se retrouvent sur le logo de la firme – à travers le monde… L’avenir d’Ikea, aujourd’hui, semble évidemment assuré, mais une page se tourne néanmoins avec cette disparition, puisque si les trois fils du fondateur – Peter, Jonas et Mathias – jouent toujours le rôle de conseillers dans des entités diverses du groupe, la famille n’est plus à la gouvernance.

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