Fabricants portugais : une industrie tournée vers l’export

Coûts de fabrication compétitifs et proximité géographique font sans doute partie des avantages concurrentiels des fabricants portugais de meubles sur l’échiquier européen. Mais en complément d’une grande expérience dans le travail du bois, l’industrie portugaise est aussi en train de moderniser ses outils de production, en s’appuyant sur les technologies numériques, avec un objectif : renforcer ses positions à l’export, en premier lieu sur les marchés français et espagnol.

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Florence, Luis Neves

 

Avec plus de trente exposants, l’industrie portugaise du meuble, du siège et de la literie figurait parmi les plus représentées lors de la dernière édition d’EspritMeuble, qui a eu lieu en décembre dernier. Un contingent important qui amène à s’interroger sur les caractéristiques des fabricants portugais, et sur leurs points forts et faibles par rapport à leurs concurrents européens… La première constatation qui s’impose, est qu’il s’agit d’une industrie en mouvement, dont la restructuration a été accélérée par la crise financière puis économique qui a frappé toute l’Europe de 2007 à 2011. Au Portugal, pendant ces quatre années, le nombre d’entreprises du secteur est passé de 6 832 à 5 533, soit une diminution de 19 %, tandis que le secteur, qui employait 35 500 salariés, en a perdu 7 500, soit une diminution de 17,9 % (1). Pendant ces quatre années de crise, la production a reculé de 1,8 milliard d’euros à un peu plus de 1,3 milliard, soit une chute de 22,6 % en euros constants.

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Héritage, Sari Movéis

 

De l’artisan au grand groupe

Quelques années plus tard, l’industrie portugaise du meuble a repris sa marche en avant, et le secteur a retrouvé des effectifs d’avant la crise, soit environ 35 000 salariés. Les 5 500 entreprises répertoriées en 2011 étaient à 98,3 % des entreprises artisanales et micro-structures, avec à peine 0,1 % d’entre elles comptant plus de 250 salariés. Si on en croit les statistiques les plus récentes, le secteur en compte encore plus de 4000 aujourd’hui, réparties selon les familles de produits fabriquées : 3 337 fabricants de meubles et sièges en bois, en métal et autres matériaux, 769 fabricants de meubles de cuisine, et 216 fabricants de literie. Autre particularité du secteur, ces entreprises sont concentrées dans trois zones géographiques : le district de Porto (45 %), le comté de Paredes (32 %) et le comté de Paços de Ferreira (27 %), tous situés dans le nord du Portugal.

Mais on aurait tort de croire que le secteur est immobile : en effet, seules 1 % de ces entreprises ont plus de 50 ans, tandis que 59 % ont de 11 à 50 ans, et 40 % d’entre elles ont été créées il y a moins de 10 ans, ce qui traduit un secteur à la fois à maturité et avec un fort degré de renouvellement. Ainsi, plus de 2 000 entreprises ont été créées chaque année entre 2009 et 2014, dont une très grande partie ont aussi disparu entre temps. « La majorité des entreprises portugaises de fabrication reste des petites structures, mais certaines ont évolué vers la production industrielle, avec une stratégie très élaborée, et un outil de fabrication très compétitif », explique Louis Buan, le directeur général de Conforteam, un fabricant de sièges qui emploie 180 salariés pour 15 millions d’euros de chiffre d’affaires, exposant sur EspritMeuble 2016 et au Salon du Meuble de Nantes 2017. On sait que le Portugal compte aussi de grands groupes, comme Lourini Home, qui emploie plus de 1200 salariés sur 100 000 m² de surface industrielle couverte pour fabriquer ses meubles, canapés et matelas qu’il exporte dans 35 pays. Et on se souvient que récemment, le fabricant de literie Aquinos, qui emploie 2 500 salariés près de Porto pour 113 millions d’euros de chiffre d’affaires (2015) a fait l’actualité en se portant acquéreur – sans être retenu – à la reprise du groupe Cauval.

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Colmol, collection Galactic

 

En quête de compétitivité

Avec leurs forces et leurs faiblesses, les fabricants portugais sont donc condamnés – comme leurs homologues européens – à s’adapter aux évolutions du marché, en répondant aux impératifs notamment de qualité, de compétitivité, et aux nouvelles attentes – en particulier la personnalisation – nées de la digitalisation. Ce qu’elles font en modernisant leur outil de production : « Tout un pan de l’industrie portugaise du meuble a beaucoup progressé sur le plan industriel, en acquérant des machines à haut rendement », déclare ainsi Gilles Serus, responsable commercial France du fabricant de canapés contemporains Suffa. Cette entreprise utilise notamment des logiciels de conception par ordinateur, et des machines de découpe automatique à commande numérique du tissu et du cuir, qui permettent une grande qualité et précision de coupe, tout en optimisant l’utilisation de la matière pour améliorer les coûts de production. Sa capacité de coupe obtenue est de l’ordre de 50 m2 par heure pour le cuir comme pour le tissu. « De nos jours, le Portugal fabrique des produits très bien travaillés, à des prix très compétitifs, ce qui est le résultat des investissements de plus en plus importants dans les outils de production, pour obtenir des gains de productivité », ajoute Angelo Sousa, responsable export du fabricant de salles à manger et chambres Sarimoveis.

Pour le fabricant de sièges Conforteam, l’une des priorités a été l’intégration verticale de la fabrication : « Nous fabriquons nos produits de A à Z, du débit du bois à la découpe de la mousse et du tissu, ajoute Louis Buan. La souplesse de notre outil de production nous permet de fabriquer avec réactivité des produits de qualité en respectant les délais de livraison. » L’innovation est aussi au rendez-vous dans la literie, à l’image de Colmol, qui a exposé au Salon de Nantes : « L’entreprise fabrique et commercialise elle-même ses ressorts, et l’intégration de ce savoir-faire lui permet de faire évoluer ses produits, et de les adapter aux contraintes et aux tendances des différents marchés à l’export », explique Claude Laffite, gérant de Quadril, et agent de la marque pour le marché français. Un ensemble d’avancées techniques et une modernisation qui ont été possible grâce à une amélioration de la formation, des opérateurs jusqu’aux cadres, qui était l’un des points faibles de l’industrie portugaise.

Elipse

Elipse, DIMF4

 

Une industrie fortement exportatrice

L’industrie portugaise profite d’un certain nombre de points forts. « Elle bénéficie d’une main d’œuvre qualifiée à bas couts, et sa situation sur un axe de desserte forte Sud Nord Europe permet aux fabricants de rester compétitifs sur le marché européen de par leur proximité, polyvalence et délais de mise en œuvre. Dans un schéma de concurrence international, le Portugal offre des solutions à ses clients européens pour réduire leurs stocks et améliorer leur rentabilité avec des produits qualitatifs et un prix compétitif », affirme Claude Laffite. Le coût du travail est un avantage certain, notamment pour les produits qui demandent beaucoup de main d’œuvre comme par exemple le siège rembourré. Pour être plus performants à l’export, certains fabricants misent sur la synergie commerciale, et se réunissent en une structure commune, à l’image de DIMF4, un consortium qui regroupe les quatre entreprises Aresta Atlantica, IDC, Leao de Brito et Sarimoveis, toutes implantées dans le comté de Paços de Ferreira à quelques kilomètres les unes des autres. « Notre idée est de réunir les savoir-faire de ces quatre fabricants dans une offre commune pour les magasins à l’export, explique Lucia Pinto, responsable de DIMF4. Nous éditons un catalogue commun, réunissant des produits exclusifs, et la proximité de nos entreprises nous permet de proposer des synergies intéressantes en termes de logistique et de délais de livraison »…

 

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