L’approvisionnement illégal de bois et Ikea mis en cause dans Cash Investigation : les réactions

C’est une édition qui aura fait grand bruit dans les secteurs du bois et de l’ameublement : le magazine Cash Investigation diffusé sur France 2 le 24 janvier dernier (encore disponible en replay) avait pour titre « Razzia sur le bois ». Partant d’un chiffre édifiant – les sommes générées par le trafic de bois illégal sont estimées à 11 milliards de dollars, soit presque autant que celui de la drogue - Elise Lucet et son équipe ont remonté toute la filière, et se sont intéressés au « cas » Ikea, qui est le premier acheteur mondial de cette matière première.

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Selon les journalistes, 6 % du bois consommé par le géant suédois chaque année provient de Roumanie. Désireux de savoir où a poussé et la manière dont a été traité le bois qui entre dans la composition de la gamme « Brimnes » - faite de panneaux de particules – ces derniers se rendent donc dans ce pays d’Europe de l’Est, et plus précisément chez le fabricant Ecolor (dont Ikea France est le plus gros client) et son fournisseur Kronospan, numéro un mondial des panneaux en fibres et particules bois, qui serait ainsi à l’origine de 57 % de la matière première entrant dans la composition des produits Ikea. Remontant même jusqu’à l’Autrichien Schweighofer – qui fournit Kronospan – l’équipe de Cash Investigation met en avant, dans son enquête, l’approvisionnement jugé « douteux » de ces fournisseurs, qui disent traiter uniquement des « troncs de petit diamètre » ou encore des « résidus »… et qui, en réalité, semblent recevoir dans leurs usines des hêtres prélevés dans des forêts protégées de Roumanie (165 000 m³ de bois auraient notamment été livrés illégalement à l’Autrichien), et dont les troncs peuvent mesurer jusqu’à 4 m de diamètre. Invité à commenter ces constatations (images de tournage en caméra cachée à l’appui), Mikhail Tarasov, directeur du département forêt du groupe Ikea, qu’Elise Lucet rencontre au siège à Älmhult, adopte un argumentaire parfois obscur : selon lui, Kronospan n’est pas un fournisseur direct d’Ikea – même s’il est en amont de sa chaîne d’approvisionnement – tandis que, depuis juin 2016, aucun fournisseur du groupe suédois n’a acheté de la matière première chez Schweighofer. Et pour résumer, Mikhail Tarasov indique que « l’ensemble du bois qui entre dans la composition des produits Ikea correspond aux exigences minimum du groupe suédois » et que, par ailleurs, « Ikea a de nombreux garde-fous qui permettent de minimiser l’apport de bois illégal ». Des formules jugées vagues et douteuses par les journalistes…

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Nos lecteurs pourront visionner eux-mêmes, si ce n’est déjà fait, cette édition de Cash Investigation, qui se penche également sur les labels de certification du bois, et en particulier le PEFC où, là encore, plusieurs abus sont notés. Mais nous jugeons utile de publier ici les extraits principaux du droit de réponse du géant suédois, diffusé par voie de communiqué de presse dans la section dédiée sur son site corporate : « Ikea n’utilise pas de bois illégal. Nous nous sommes engagés pour utiliser le bois d’une manière responsable. Nos hautes exigences vis-à-vis de nos fournisseurs et sous-traitants sont strictes sur la provenance du bois. Grace à notre Standard IKEA Forestry, nous garantissons aujourd’hui que 100 % de notre approvisionnement en bois est géré durablement.  Aucun bois ne provient d’abattages illégaux, de forêts primaires ou à haute valeur de conservation. Ces exigences sont contrôlées par des auditeurs IKEA et externes, sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Tout manquement à nos exigences forestières, comme l’abattage illégal, est inacceptable. Si cela est constaté, nous suspendons immédiatement nos approvisionnements tant que le fournisseur ne s’est pas remis en conformité. Aujourd’hui, l’unique certification qui répond aux exigences IKEA permettant d’assurer une gestion plus durable des forêts est FSC […] 61 % du bois que nous utilisons dans nos produits est issu de sources gérées durablement, c’est-à-dire certifié FSC ou recyclé. A horizon 2020, notre objectif est d’atteindre 100 % […]. Concernant nos relations avec Schweighofer, nous ne travaillons plus avec ce sous-traitant […] A ce jour en Roumanie, 85 % du bois que nous utilisons est déjà certifié FSC ou recyclé. Nous visons dans ce pays les 100 % en 2017 […] Et pour évoquer la composition de nos produits et notamment les « bois centenaires », il faut savoir que la majorité du bois utilisé est issue de petits déchets de forêt ou de scieries et de bois recyclés… Si, par « bois centenaire », on entend les troncs de gros diamètre, précisons qu’au-delà de la dimension des troncs, la qualité est un facteur primordial.  Si les troncs de gros diamètre sont de mauvaise qualité, ils ne peuvent pas être utilisés dans la fabrication de meubles en bois massif et conviennent mieux à la production de panneaux de particules. »

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