Bernard Reybier : « Redonner toute sa légitimité à la création française »

Refonte des Aides à projets dans l’incubateur du VIA, élargissement des speed dating, lancement de l’opération Le French Design et de son exposition itinérante « No Taste for Bad Taste » … Un peu plus d’un an après son arrivée, le nouveau président du VIA, Bernard Reybier, fait le point sur les changements mis en œuvre. Et inscrit son action, à mi-chemin entre continué et rupture, dans un nouveau pragmatisme au service des entreprises.

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Le Courrier du Meuble et de l’Habitat : Des changements importants ont eu lieu depuis votre arrivée à la présidence du VIA, en décembre 2015…

Bernard Reybier : Beaucoup de choses ont changé il est vrai, mais ce sont des changements dans la continuité. Je voudrais souligner en préambule la très grande stabilité qui caractérise le VIA, puisque l’organisme n’a connu, en 37 ans d’existence, que 2 directeurs généraux avant l’actuel Jean-Paul Bath - Jean-Claude Maugirard et Gérard Laizé - et 3 présidents avant moi, à savoir Jean-Claude Maugirard, qui cumulait au départ les 2 fonctions, suivi de Philippe A Mayer et Henri Griffon, tous de grands professionnels auxquels je rends hommage aujourd’hui. Cette stabilité signifie une chose : les missions du VIA ont été correctement remplies, sinon il y aurait eu remise en cause par la profession ; elles seront donc poursuivies.

Ceci dit, qui ne voit pas que le contexte dans lequel évoluent nos entreprises a beaucoup changé ? Il continue d’évoluer à grande vitesse, sous l’effet de la conjoncture économique, de la mondialisation, de la digitalisation de la fabrication et de la distribution. Il nous fallait donc adapter nos actions sur un certain nombre de sujets. D’autre part, j’ai souhaité instaurer des pratiques nouvelles, en particulier une évaluation de l’efficacité de nos actions actuelles et futures. Cela me semble tout à fait naturel, dans la mesure où je suis comptable, face à la profession, de l’utilisation des moyens financiers du VIA, puisqu’ils sont collectés via la taxe affectée.

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Bernard Reybier, lors du lancement de l’opération Le French Design au VIA le 23 février 2017

 

Les missions du VIA seront donc poursuivies. Mais qu’en est-il des moyens pour les remplir ?

Le VIA a, tout d’abord, un rôle de prospective, de décryptage, et de réflexion sur les tendances qui sont en amont du marché, qui se poursuivra comme avant. Une nouveauté : ces reportages sont maintenant à disposition de tous nos industriels presque en temps réel grâce à la nouvelle www.viagallery.fr. Il a ensuite un rôle d’inspiration, qui se traduisait auparavant par l’édition de Domovision, et que nous allons poursuivre avec l’édition chaque année d’un cahier de tendances réalisé avec notre partenaire Francéclat (1), qui sera mis à la disposition des professionnels de l’aménagement des espaces de vie. Ce travail en synergie est aussi un moyen de maîtriser les coûts. En troisième lieu, le VIA a un rôle très important de mise en relation des fabricants, industriels et éditeurs de meubles et produits pour l’habitat, avec les designers, architectes d’intérieur et créateurs. Cette fonction d’interface continuera d’être assurée par les speed dating, une formule tout à fait pertinente, que non seulement nous conservons, mais allons élargir. En plus des rencontres organisées entre industriels et designers, orientées vers la création de produits, nous instaurons dès l’édition 2017 un speed dating « contract » qui mettra en relation les industriels et les prescripteurs, en particulier les architectes d’intérieur, avec une orientation vers les projets. Cette initiative n’est pas due au hasard : nous avons observé le dynamisme du contract, et constaté que ce marché a un besoin de partenaires fabricants de qualité, de proximité et fiables, auquel nos entreprises peuvent répondre.

Lire aussi : Observeur du design : une escale à la galerie du VIA

 

Qu’en est-il du rôle d’accompagnateur de projets du VIA ?

Ce rôle a longtemps été rempli par les Aides à Projets, et il se poursuit avec un nouvel outil, l’incubateur du VIA, qui en est d’une certaine façon la version digitalisée. Il est aussi un moyen d’atteindre cette efficacité, cette politique du résultat que nous devons aujourd’hui avoir. Avec les Aides à Projets, le designer travaillait de son côté, avec le prototypiste, jusqu’à obtenir un prototype, souvent de très belle facture, qui se retrouvait ensuite en quête d’éditeur. Mais le taux d’édition de ce ces projets se situait aux environ de 10 %, ce qui signifie que l’effort de réflexion, de réalisation et de développement était perdu pour tous les autres qui restaient à l’état de prototype, sans générer de retombées économiques pour les entreprises. De plus, les prototypes qui étaient édités devaient être revus en conception pour être adaptés à l’outil de production du fabricant.

Le modèle de l’incubateur est tout autre, puisqu’il inclut dès le début du processus à la fois le designer et l’entreprise, qui s’accordent sur un projet qui s’intègre dans la gamme du fabricant, correspond à un besoin identifié sur le marché, et sera conçu de façon à pouvoir être fabriqué par lui sur le plan technique et de la structure de coûts. Ce concept n’était pas envisageable avant, car il s’appuie sur les outils numériques permettant à tous les acteurs du projet d’échanger leurs projets et leurs informations sur une plateforme partagée, et d’avancer ensemble jusqu’au lancement du produit. Il s’agit donc d’une nouvelle façon de créer et de produire.

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Bernard Reybier et Jean-Charles de Castelbajac, scénographe de l’exposition « No Taste for Bad Taste »

 

Comment sont sélectionnés les projets qui passent par l’incubateur ?

En utilisant la meilleure source dont nous disposons : les speed dating, l’ensemble formant un nouvel écosystème cohérent. Rappelons que ce rendez-vous n’a cessé de prendre de l’importance depuis sa création, et qu’il réunira en juin prochain une cinquantaine de fabricants, et 120 designers, ce qui représente des centaines de rendez-vous et de projets. La sélection se fait par le bureau de l’incubateur, de très haut niveau puisqu’il regroupe des personnalités comme Michel Roset, Henri Griffon ou Dominique Weber, des journalistes et directeur d’école, des designers - qui retiennent les meilleurs projets parmi ceux que les tandems fabricant / designer se sont engagés à mettre en œuvre. Ici encore, on voit bien que les projets qui sont accompagnés sont ceux qui ont le plus de chances d’aboutir, choisis avec un fabricant, en réponse à une attente identifiée du marché. On peut donc dire d’ores et déjà que le taux de transformation antérieur de prototype à produit édité va exploser ! Je relève aussi que, parmi les entreprises inscrites au speed dating 2017, le nombre d’éditeurs de la nouvelle génération est en très forte croissance et devrait représenter plus de 50 % du total. Cela montre bien que l’incubateur est un modèle d’aujourd’hui, qui séduit ces jeunes structures très créatives, familières avec les technologies du digital, qui créent une émulation et motivent l’ensemble des acteurs de notre secteur. En ce qui concerne le calendrier, les produits de la première génération de l’incubateur sont attendus en juin prochain, et feront l’objet d’une exposition...

 

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