Dominique Weber : « Comprendre les modèles économiques émergents pour en faire des leviers de croissance »

C’est une constatation largement partagée : comme le montrent les nombreuses innovations dans notre secteur, le bouleversement de la distribution par le numérique est en marche. Pour les industriels, l’enjeu principal consiste à comprendre ces évolutions, pour pouvoir s’y préparer en adaptant leur outil de production et leur organisation aux nouveaux services attendus par le consommateur. A quelques jours d’une Assemblée générale centrée sur ce thème, le président de l’Ameublement Français revient sur la nécessité pour nos industries de s’orienter vers ces nouveaux modèles économiques, le troisième pilier du plan sectoriel 2016-2021 qui est la feuille de route de son mandat.

dominique weber

 

Le Courrier : L’Assemblée générale de l’Ameublement français aura pour thème, le 15 juin prochain, « Comment générer de nouveaux leviers de croissance ? ». Pourquoi ce choix ?

 

Nous voyons émerger aujourd’hui, dans le secteur du meuble et un peu partout dans le monde, des modèles de production et de distribution émergents - dits « disruptifs » - qui bousculent notre schéma traditionnel composé d’une part d’un fabricant qui fabrique, et d’autre part d’un distributeur qui distribue. Grâce aux technologies du numérique, aux échanges de données, aux outils de prospection du marché fondés sur le big data, des structures nouvelles apparaissent sur Internet, qui commercialisent des prestations innovantes directement auprès du consommateur final. Pour ce faire, elles s’appuient sur des partenaires fabricants capables de répondre à la promesse commerciale proposée, en termes de qualité, de personnalisation du produit voire de sur mesure, et de délais. Ce n’est que le début d’une révolution qui s’annonce, à laquelle nos entreprises de fabrication doivent se préparer si elles veulent être dans le coup. Ce sont ces nouveaux modèles économiques, qui feront les marchés de demain, qui seront au cœur de notre Assemblée Générale de 2017.

 

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le programme ?

Il y aura tout d’abord la réunion annuelle du Groupe des Exportateurs de Meubles  (GEM) le mercredi 14 après-midi, autour de son président fraîchement désigné, David Soulard (directeur général de Gautier), qui fera un bilan de son action et présentera de nouvelles perspectives. Ce premier temps fort sera suivi d’une soirée qui permettra aux adhérents de l’Ameublement français d’échanger de façon informelle dans un cadre convivial. Quant à la journée du jeudi 15 juin, elle commencera par l’Assemblée générale statutaire de l’Unifa, qui sera suivie d’une série d’interventions autour du thème des nouveaux leviers de croissance. Sans dévoiler l’ensemble des contenus, disons qu’il y aura trois temps forts. Premier temps fort, une synthèse de toute la matière que nous avons constituée sur le e-commerce en pratique dans l’ameublement, avec un focus sur le modèle mis en œuvre par le géant du net Amazon pour vendre du meuble. Notre objectif est de proposer ainsi aux fabricants de meuble une boîte à outils pour leur permettre de se lancer, notamment sur le plan de l’organisation de la production et de la logistique, dans le e-commerce. En 2ème temps fort, nous aurons la présentation par les trois équipes finalistes d’une démarche d’innovation réalisée en mode « shadow comex » sur le mobilier de bureau - autrement dit par un comité exécutif parallèle composé d’étudiants et de professionnels mis en place pour regarder le marché avec un œil différent et proposer de nouvelles offres divergentes. Enfin, 3e temps fort, il y aura aussi la restitution d’une étude sur les nouveaux business models innovants dans l’ameublement, que l’on voit poindre un peu partout à travers le monde, pour inviter chacun à élargir sa vision de son activité. A travers ces exemples, notre idée est de permettre à chaque fabricant de s’inspirer de nouvelles idées pour réfléchir aux évolutions de sa propre activité.

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Dominique Weber et François Hollande au cours d'une visite chez WM88

 

Comment ce thème s’inscrit-il dans le plan sectoriel 2016-2021 de l’Ameublement Français ?

Ce plan sectoriel est une feuille de route pour permettre aux fabricants de meubles de s’adapter, et de tirer profit des changements profonds qui affectent notre marché. Il se compose d’une première « brique » qui correspond à la modernisation de l’outil industriel - montée en compétences, amélioration des process, développement du travail en réseau… - un objectif de court et moyen terme, pour lequel les choses sont en train de bouger. Depuis le lancement du plan, nous avons notamment organisé deux journées sur le thème de la robotisation et de l’utilisation des outils numériques de conception, qui ont fortement intéressé les fabricants, et nous avons lancé un outil de conseil et d’accompagnement au financement des projets relatifs à l’outil de production - financer.ameublement.com. C’est dans cet objectif que nous avons intégré le Plan Bois II avec la BPI. Ces initiatives ont amorcé une dynamique des investissements industriels, illustrée notamment par la nouvelle chaîne d’enrobage haute performances inaugurée en début d’année chez Alsapan, qui est un exemple parmi bien d’autres. Ce plan comporte une deuxième « brique », qui est l’appropriation de la demande française et internationale, car les principaux relais de croissance se trouvent aujourd’hui à l’export. Pour avancer sur ce chantier, nous avons renforcé les moyens du GEM, qui est de plus en plus actif dans le cadre de ses collectives sur les salons étrangers, comme l’ont montré les récents salons de Milan, ou encore de Dubai, où 16 entreprises françaises ont exposé, ce qui est un record. Cette action sera poursuivie sur les salons de New-York et Shanghai.

 

La construction de nouveaux modèles économiques est donc la troisième « brique » du plan sectoriel ?

En effet, même si ce troisième chantier sera un peu plus long à se mettre en place, dans la mesure où il demande une réorganisation en profondeur de l’entreprise. Ce qui me semble essentiel, c’est de passer du produit au projet, et d’orienter son activité de façon à pouvoir proposer demain une solution globale à son client, qui comprenne aussi bien du meuble que des aménagements sur mesure, des travaux de revêtement de murs et de sols, etc, le tout dans des délais très réactifs. Il faut pour cela faire évoluer nos outils de conception et de production, les rendre plus flexibles, et les relier en amont avec des outils numériques de configuration, et en aval avec des prestataires logisticiens performants. Comme nous le montrerons pendant l’Assemblée générale du 15 juin, c’est déjà de cette façon que travaillent les industriels du mobilier de bureau : leur valeur ajoutée réside au moins autant dans leur prestation d’aménageur d’espace, et de concepteur de lieu de vie, que dans leurs produits proprement dit. C’est aussi comme cela que fonctionnent les acteurs du contract, en réponse à leurs clients de l’hôtellerie, de la restauration, de la santé ou des loisirs, qui recherchent des partenaires capables de leur fournir une solution globale. En résumé, on ne pourra plus demain se contenter de fabriquer un produit - que d’autres pourront toujours fabriquer moins cher, ce qui nous condamne à une bagarre sur les prix - il faudra proposer une solution et des services associés, ce qui est beaucoup plus difficile à copier mais plus rémunérateur. Ce sera aussi plus complexe à mettre en place, car cela demande des compétences supplémentaires en conception, et en gestion de projets...

 

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