Philippe Jarniat, Cathy Dufour : « La cotraitance, un pilier de la performance industrielle »

Dans le cadre d’une fabrication qui fonctionne de plus en plus en réseau, la cotraitance a un rôle essentiel à jouer pour l’amélioration de la compétitivité des entreprises, en leur apportant des produits et process innovants, et de l’agilité pour répondre aux exigences croissantes de la personnalisation des produits. Telle est la conviction de l’Ameublement français, qui lance une plateforme de la cotraitance avec un moteur de recherche, et les premiers Trophées de la cotraitance. Explications avec sa secrétaire générale Cathy Dufour et son responsable de marchés Philippe Jarniat.

 

Qui sont les cotraitants de l’ameublement, et quels sont leurs savoir-faire ?

Philippe Jarniat : Il existe plusieurs catégories de cotraitants. Il y a ceux qui fabriquent des composants pour un industriel, par exemple une porte pour un fabricant de cuisine, ou encore un pied de canapé. Dans cette catégorie, il y a de la cotraitance de capacité (pour répondre à une commande qui dépasse ponctuellement les capacités de l’industriel), de spécialité (liée à un savoir-faire particulier qui n’est pas présent chez le donneur d’ordre) et d’innovation (par exemple la réalisation d’un prototype avec un matériau ou procédé nouveau). Il existe aussi des cotraitants qui fabriquent des éléments d’agencement pour un prescripteur, un agenceur, un contractant général, comme par exemple un dressing sur mesure ou une banquette de restaurant. Ils travaillent en définitive pour des industriels, des éditeurs, des prescripteurs et maîtres d’ouvrages, parfois pour des distributeurs.

 

Peut-on évaluer le poids économique de ce secteur (nombre d’entreprises, volume d’affaires…) ?

Ph. J. : Le marché de la cotraitance – tous secteurs d’activités confondus – est évalué à 70 milliards d’euros, 30 000 entreprises et 500 000 salariés, ce qui est énorme ! Rien que pour l’Ameublement français, si on considère que chacun de ses 350 adhérents a 10 cotraitants, cela fait déjà 3500 entreprises ! De plus, le fait de fabriquer de façon exclusive pour certains clients est devenu courant, pour répondre à leur besoin croissant de personnalisation des produits, de même que la mutualisation des équipements, en mettant à leur disposition des heures / machines, même si nous manquons de données pour évaluer le volume de ces activités.

Bibliothèque « Blake & Mortimer » (Miroiterie Petitjean) ©Dargaud-Lombard, 2014.

 

S’agit-il d’un secteur innovant, et voyez-vous émerger des nouveaux profils de cotraitants ?

Cathy Dufour : Il s’agit d’un secteur très concurrentiel, où les moins chers l’emportent sur les marchés avec peu de valeur ajoutée : par exemple, un donneur d’ordre qui a besoin de 100 000 pieds de lits basiques les fera certainement fabriquer dans un pays à faible coût de main d’œuvre, européen ou plus lointain. Pour les cotraitants français, la solution se trouve donc dans l’innovation, dans la maîtrise de process complexes, et dans la fourniture de nouveaux services. A ce sujet, la proximité géographique entre donneurs d’ordre et cotraitants est un atout : certains éditeurs ont relocalisé une partie de leur production en France et y ont gagné en termes de qualité et de coût global, en étant plus réactif pour les nombreux allers-retours liés au  prototypage / mise au point, en gagnant sur les délais de production et d’acheminement, et en réduisant le stock tampon nécessaire en cas de cotraitance lointaine.

Mise en œuvre des matériaux souples d’une salle de cinéma (Contino).

 

L’Ameublement français lance une plateforme pour la cotraitance dans notre secteur. Quelle est sa finalité ?

C.D. : L’objectif de cette plateforme – http://www.ameublement.com/fr/cotraitance – est de permettre aux donneurs d’ordre de trouver facilement le cotraitant dont ils ont besoin, sur le territoire français. Nous sommes très souvent interrogés par des industriels ou des donneurs d’ordre qui recherchent un savoir-faire ou un équipement particulier. Avant la mise en place de cette plateforme, nous ne pouvions faire appel qu’à notre connaissance personnelle du secteur, à notre réseau forcément limité, ce qui n’apportait pas toujours une réponse exhaustive. Les différents critères renseignés et le moteur de recherche permettent désormais de faire ressortir les entreprises pertinentes. Il existait bien des banques de données par matériaux ou par région, mais les aménagements d’aujourd’hui sont multimatériaux et tous secteurs confondus : on allait parfois chercher très loin des savoir-faire qui sont à notre porte ! Cet outil a donc plusieurs objectifs : permettre une identification claire entre cotraitants et donneurs d’ordre de l’Ameublement français au niveau national, devenir une référence dans le monde de l’aménagement, et élargir son champ d’application à d’autres secteurs et à l’international.

Décoration numérique en façade (JLT Finition) ©Comec

 

Comment fonctionne cette plateforme et à qui s’adresse-t-elle ?

Ph. J. : A l’ère des services numériques de mise en relation, appliqués à la réservation d’hébergements entre particuliers ou au covoiturage, nous avons mis en place un outil pratique et ergonomique : nous avons donc créé un moteur de recherche, qui, en entrant 3 ou 4 mots clés, permet d’obtenir une réponse satisfaisante. Il s’adresse aux acheteurs et responsables de bureaux d’études des grandes et moyennes entreprises, mais aussi aux dirigeants de structures plus petites, notamment les prescripteurs. La plateforme compte aujourd’hui une petite centaine de sous-traitants inscrits, mais ce n’est qu’un début : nous pensons que ce chiffre va vite augmenter, étant donné le potentiel de plusieurs milliers de sous-traitants, qui peuvent bénéficier de cet outil pour développer et sécuriser leur volume d’activité…

 

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